Confrontation (1992 - auj.)        

J'ai choisi de chevaucher le tigre d'une vie intensive, à travers de multiples activités, géographies et cultures. Depuis plus de 30 ans,  je me suis confronté dans mes projts photographiques à l'absurdité et à la violence sourde de la vie postmoderne dans laquelle j'étais plongé.  Elles se retrouvent dans l'architecture brutaliste et le développement des villes où je vivais (Paris, Shanghai), ou que je visitais (New-York, Tokyo, Hong-Kong ou New-Delhi), dans des no man’s lands ou tiers-lieux de circulation; enfin, dans la figure symbolique du Passant. Comment trouver sa place et du sens dans des environnements aussi déshumanisés et désacralisés ? Il en résulte un sentiment d'isolement et d'anonymat au milieu d'un flot de passants, guidés vers on ne sait quoi, soumis à un contrôle imperceptible mais strict.




Brutalisme
Perdus dans la brume
Les docks anesthésiés par la nuit suivent leur propre trace
La neige tombe de lassitude,
En fumée blanche et obèse.
Nous longeons les usines de briques
Les grilles, les haut-fourneaux 
L’autoroute courbe
Les symboles et les fausses lumières
Une fuite dans une direction unique
Flots, cadences, 
Personne.




Espoir

Il y avait dans le bleu du ciel
Un fragment de ce rêve
Que je n’ai jamais osé
Voler





In My Solitude

Seul au seuil d’une nuit sans songe
Révant au contour parfait
D’un cercle inconnu
J’ai vécu





Passants

Nulle part où partir
Nulle part où traîner
Ni Alpha, ni Omega
Tournant en cercles insignifiants
Sonnant les cloches de la solitude
Et des ruées épuisées
Nous sommes des passants.

Jetés sur un trottoir voisin
Sous des lumières sans étoffe
Nous agrippons des rails rouillés et des idées perdues
Et respirons l'air frais dans le consumérisme
Notre accomplissement réside dans le béton
Notre amour dans les miroirs
Nous cherchons le pardon dans la vitesse
Et les péchés dans des boîtes de conserve.
Nous sommes tous des passants.  

Les chemises blanches projettent une lumière trompeuse
La nuit paraît aussi lumineuse que le jour
Les ombres se croisent sans peur
L'ordre ancien est brisé
Qui garde le feu sacré et le rêve allumé ?
Aveuglés par la poussière du pouvoir
Ligottés par des erreurs convenues
Il est difficile de nager à contre-courant
Et même de regarder en arrière vers la source
Seuls

Et nous restons sans-abri dans nos logements bondés.  

Ô Passant,
Regarde le nuage
Et dis à la Rue que nous sommes ici
Pour obéir à ses ordres.

(traduit de l’anglais par l’auteur)





Tiré de séries réalisées entre 1992 et 2016, à New-York, Paris, Shanghai et en Chine.

Passages