Forêt      

"L'homme et le rossignol se trouvaient dans la position la plus favorable pour imaginer : ils avaient, dans la forêt, un parfait conducteur du rêve", écrivait Max Ernst.
Ainsi la forêt est-elle le lieu du rêve, de l'inconscient, du temps suspendu, des enchanteurs perdus... Celle de Saint-Sauveur-le-Vicomte (Fr., Manche) a été à plusieurs reprises dévastée par les tempêtes, durant ces dernières années. Pourtant, inlassablement, les arbres continuent de pousser, accomplissant leur devoir vis à vis de leur écosystème, cherchant une verticalité parfois improbable là où notre monde semble délaisser la sienne. Sans chercher ni sens ni pourquoi, semblables à la rose d 'Angelus Silesius.
A travers le paysage intimiste, j'essaye de m'inspirer de leur quête.




Des rêves, des rêves, des rêves
Au bord des reflets abrasés,
Embués d’écorce




Est soleil
Soleil sud soleil
Soleil ouest

Mousse Ecorce
Pleurs Silence

Nord




L’arbre
Plus que le sens
Détache le temps
Donne l’aune




Eteinte
Déconnectée
Débranchée
En attente
En apnée
Vent de nuit
Sol encore lointain




Il n’y plus que l'ombre
Pour habiller
Le maigre tronc du bouleau
Bruit de tronçonneuse




La verticalité
Être le seul de son espèce
Encore debout
A donner
L'entrée du sentier




Monter vers le ciel
Seul
Ou ensemble ?
Se tenir
Ou tenter l'indicible




Tout est dense 
Et construit
Même le désordre
Un piaulement 




Je ne sais pas
Si la pluie leur fait peur
Ou les rassure




Aujourd'hui la lumière
Ne tombe pas
L'écorce blessée
Et le lichen
Se suffisent
Se répondent
Les bouleaux




La forêt reprend ses droits
Les oiseaux couvrent joyeuseument
Les bruits des motos fugaces




Les arbres craquent
Les oiseaux écoutent
L'herbe hésite
Un gland tombe
Sourdement




Je suis l'intrus
Mais tous me parlent
Même la ronce tendue vers moi
Qui flotte au vent




Je reprends la sente dense
A l'envers
Je n'y trouve pas les mêmes choses
Il n'est pas donne à tout le monde
De revenir sur ses pas




Les cendres du bouleau envahissent la nuit blanche
Le ciel se cloitre dans le froid
L’écorce éclate lentement
Brûlure ou interdit
Au-delà





Chaque jour
Le soleil donne à tour de rôle
A chacun
Ses cinq minutes d’exposition ou de vie
Mais la vie est aussi souterraine
Et nocturne




Je regarde souvent par terre
Le grand hêtre qui a survécu
Se tient droit




Il y a un Golgotha
Pour les arbres
Ereintés
Dans la tempête





Mes pensées ne me quittent pas
Vent trop occupé
Remuent en rythme les feuillages
Qui tiennent encore




Perdu dans la forêt
Touffue 
La lumière perce
Au bas du tronc


















Passages