Dunes      

La dune est un terrain-vague. Comme dans un haiku, l’éphémère et l'éternel, l'infime et l'infini s'y mêlent, et s'y incarnent, au gré des quatre éléments. La mer y tisse le sable, qui restera pierre au plus intime de lui-même, le vent et l'ombre du soleil la modèlent inlassablement, la nuit sublime le tout dans un silence entendu. Y poussent les herbes et les arbustes les plus rebelles et revêches, y vivent les bestioles et les insectes les plus disparates, des lièvres, des moutons, des ruminants ; les hommes s'y attardent peu. Ce pourrait être un miroir, c’est un écran de lumière pour un jour de lenteur.




Je ne connaissais pas le silence
Je l’ai apprivoisé.

Je l’avais vousoyé comme un ami lointain
Revenu par erreur d’une guerre incomprise
Il me semblait seul,
Exilé, inconnu.
Je l’ai dévisagé
Dans le reflux des vagues
Le lent retour de la neige
La senteur ocre et jouissive de la forêt
L’intimité du désert,
Sa chaleur obsédante, la rareté des mirages,
Infiniment délié, superposé,
Insinuation de l’horizon.

Une virgule s’est posée sur la vitre,
Une caresse se prolonge…

Je l’ai relu, aveuglé
Ebloui de rage par sa provocation
Page blanche
Qui refuse l’écriture pour ne pas connaitre et rester vierge
Libre de la découverte,
Offerte au possible.
Comment qui ne sait dire
Pourquoi qui ne sait faire,
Ses lettres m’ont apaisé.

Comme une goutte sur le sable
Éteint son plus fidèle écho
Il est venu me confondre avec la nuit,
M’ouvrir à ses mémoires,
Me couvrir de son abstinence qui purifie les rêves,
M’initier à la confiance de ses renaissances ;
Il m’a déminéralisé, patience inexorable,
Humilité et sagesse.

Sans attente ni regret,
Confiant dans le désintérêt du temps
J’ai parlé au silence,
Et il m’a répondu.






Tout est dense
Et construit
Même le désordre
Un piaulement





Seul
Le vent ose défier 
L’ombre de la dune

Seul 
Le sable tutoie l’éternité
Pierre infiniment infimement










Quelque temps quelque part
Quelques cris quelques regards
Quelque chemin quelque hasard
Quelque regret quelque retard

Quelque vent quelque pluie
Quelque mensonge et quelque oubli
Quelque sourire et quelque ennui Quelque lumière quelque bruit

















Vertiges